Conservation-restauration de La Philologie
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Le contexte
Les interventions présentées ici ont été réalisées lors de mon année de mémoire, l’obtention du diplôme de restaurateur du patrimoine à l’Institut national du patrimoine étant conditionnée par la réalisation d’une étude historique, technologique et scientifique et d’interventions de conservation-restauration sur une ou plusieurs œuvres prêtée(s) par une institution française.
Présentation de l'œuvre

- © Inp/Angèle Dequier
Conservé au Musée de Grenoble, La Philologie est un dessin de Diodore Rahoult (1819-1874), artiste grenoblois assez éclectique qui s’est formé au dessin et à la peinture dans sa ville natale puis à Paris. Il s’agit d’un dessin de présentation, un dessin préparatoire très abouti pour une peinture murale destinée à décorer la grande salle de la bibliothèque du musée-bibliothèque de Grenoble, bâtiment datant du Second Empire. La Philologie s’inscrit dans un ensemble de dessins puis de peintures réalisés autour de 1870 par Diodore Rahoult ou son ami Henri Blanc-Fontaine et ayant pour sujet diverses allégories.
D’un point de vue plus technique, le dessin qui nous intéresse a été réalisé au pastel, au crayon de pierre noire, à la sanguine et à l’encre rouge (techniques graphiques auxquelles s’ajoute peut-être une pierre blanche) sur un papier transparent. Ce papier est plus précisément un papier calque imprégné, produit à partir de fibres de lin ou de chanvre fortement raffinées et imprégné avec une résine de type colophane ou térébenthine de Venise. Le dessin a par ailleurs été doté d’un montage consistant en une fenêtre en carton collée sur ses marges, au recto.
Constat d'état et interventions de conservation-restauration
L’étude historique du dessin a révélé qu’il avait été exposé dès l’été 1870 à l’initiative de Diodore Rahoult puis au sein du musée-bibliothèque pendant au moins 36 ans, après son acquisition par la Ville de Grenoble. Cette exposition prolongée est en partie responsable de l’altération du dessin, qui était en très mauvais état à son arrivée à l’Inp. Il présentait en effet des déchirures le long du pourtour de l’ouverture du montage, ainsi que des plis et des lacunes. Des fragments du dessin avaient été rassemblés dans une enveloppe associée à celui-ci. On notait également une déformation importante et un jaunissement du support, ainsi que des pertes de technique graphique, le pastel ne semblant pas avoir été fixé.
Les interventions de conservation-restauration avaient ainsi pour but de stabiliser l’œuvre et de lui rendre sa lisibilité, cela afin d’assurer sa préservation et de permettre son exposition.
La première étape a été de réaliser un passe-partout provisoire pour le dessin, afin de remplacer la pochette inadaptée qui lui servait de conditionnement et de le ranger le temps de sa restauration. Les interventions curatives ont ensuite pu commencer. Le montage, qui contraignait le dessin, a été retiré couche par couche, à l’aide notamment de morceaux de gel rigide de gomme gellane, d’un gel de Tylose MH300P® et d’outils tels qu’un bistouri. L’œuvre a ensuite pu être dépoussiérée sans danger. Cette opération a été suivie de la consolidation des plis, des déchirures et des perforations (vraisemblablement des trous de punaises) que présentait La Philologie. Le dessin a été consolidé à l’aide de bandes ou de morceaux de papier japonais très fin (Tengujo de 5 g/m²) et de colle d’esturgeon et les fragments de l’œuvre ont à cette occasion étaient refixés à celle-ci. Les lacunes ont ensuite été comblées avec des pièces en gampi (papier japonais à base de fibres de gampi) teintées à l’aquarelle. Une fois les pièces de comblement en place, leur couleur a été ajustée si besoin à l’aide de crayons de couleur. Il ne restait plus alors qu’à fournir à La Philologie un montage adapté, qui permettrait à la fois sa bonne conservation et son exposition. Un passe-partout à double fenêtre (pour une meilleure protection de l’œuvre lors de l’ouverture du montage) a donc été réalisé dans cette optique, à l’aide de plusieurs cartons de conservation, de natures différentes.

- © Inp/Angèle Dequier
Patience et délicatesse
La conservation-restauration de La Philologie a été une magnifique expérience, très enrichissante, durant laquelle il a fallu composer avec la sensibilité de son support et du pastel, qui limitaient les possibilités en termes de traitement.
Je n’oublierai jamais ce projet si prenant où patience et délicatesse ont été mises au service de la sauvegarde de cette œuvre belle et fragile.

- © Inp/Angèle Dequier